Éditorial et blogue

La question éthique des zoos

LA QUESTION ÉTHIQUE DES ZOOS

Suite à la parution de la photo promotionnelle pour le camp FélinTensif où l’on voit des participants flatter un lynx, qui est l’une des activités proposées durant le camp, nous avons reçu quelques messages de gens se sentant concernés par l’exploitation animale dans les zoos et sur le fait d’obliger les animaux à « subir » ce contact. Eh bien, laissez-moi vous expliquer ce à quoi le camp FélinTensif s’affaire et vous verrez que tout n’est pas que blanc ou noir.

 

SAYENNE LA LYNX – C’EST ELLE QUI DÉCIDE

Avant de parler de la question des zoos, réglons le cas de la photo avec Sayenne. Il faut savoir que Sayenne, la lynx, a été socialisée à un niveau incroyable par Jacinthe Bouchard, la propriétaire de Zoo Académie, où se tient le camp FélinTensif d’Éduchateur. La procédure pour aller voir Sayenne est très stricte. On entre en groupe de 4 ou 5, on s'assoit au centre de son enclos et on attend. PERSONNE n'a le droit de se lever, de prendre ou de flatter Sayenne SAUF si c'est elle qui vient vous voir. Dans la photo, c'est elle qui est venue VOLONTAIREMENT sur les jambes des gens parce qu'elle aime ça. (Les gens qui y étaient pourront témoigner dans les commentaires.) Elle adore se faire flatter. Pour elle, socialiser avec des gens, c'est enrichissant. Il y a des fois où elle ne vient pas voir le monde et on respecte ça (souvent quand il fait trop chaud). Elle a le choix de rester à jouer toute seule dans son coin ou de venir jouer avec les gens et, 90% du temps, elle choisit les gens. Si elle ne vient pas voir les gens, eh bien, on la regarde de loin.

C’est tout. Aussitôt qu’elle devient un peu trop excitée et qu’elle commence à jouer un peu trop intensément, on sort de là pour ne pas encourager ce comportement en présence des humains comme on le ferait avec un chat qui fait la même chose (c’est d’ailleurs le but du camp félin de transposer ces théories en pratique).

Il faut également savoir que la petite lynx Sayenne était destinée à devenir un chapeau de poil (usine à fourrure) et a été sauvée par Jacinthe. La vocation du zoo est de former les gens et développer des méthodes pour donner des soins volontaires aux animaux sans devoir les endormir ou faire de la contention. Lorsque vous aurez vu le bison de 600kg de Jacinthe venir lui-même se faire ses injections (oui, oui, il se pique lui-même), vous comprendrez pourquoi c’est beaucoup mieux de faire ainsi que d’essayer d’endormir ce mastodonte avec tout le stress et les dangers médicaux que cela entraîne.

 

LES ZOOS – PARCE QU’ILS NE DISPARAÎTERONT PAS DEMAIN MATIN

Certains disent qu’il serait préférable de ne jamais avoir de contact et de ne jamais socialiser ces animaux, car cela les dénature. Encore une fois, je respecte cette façon de penser, mais personnellement, je crois que les animaux sont déjà dénaturés de par leur présence dans les zoos. Il ne faut pas oublier que nombre d’entre eux proviennent de sauvetages et qu’ils ne survivraient pas dans la nature (la protection des espèces en danger est aussi un avantage des zoos). Ces animaux vont devoir être approchés par des humains pour les soins vétérinaires et des milliers de gens vont passer devant leur enclos pour les observer chaque jour. Alors pourquoi ne pas les socialiser à l’homme pour faire en sorte que sa présence ne soit pas source de stress constant ? Je ne dis pas d’en faire des animaux de cirque en leur faisant faire des trucs pour l’amusement du public (sauf si l’activité est un enrichissement en soi pour l’animal), mais bien de faire en sorte qu’ils ne soient pas stressés en présence de l’homme et qu’on puisse leur octroyer des soins sans les stresser.

Tout comme moi, Jacinthe préfèrerait que les zoos n’existent pas et que les animaux soient tous en liberté. Mais les zoos existent et ce n’est pas demain la veille qu’ils disparaîtront. Il y a donc deux lignes de pensée. La première est de ne jamais aller dans un zoo et de ne jamais en parler, pour ainsi espérer qu’ils disparaissent parce que les gens n’iront plus. Je respecte les gens qui adoptent cette ligne de pensée-là. Des gens de ma propre équipe m’ont d’ailleurs demandé d’être exempt du Camp FélinTensif de par leurs valeurs en ce sens et je respecte à 100% leur désir même si j’aurais grandement besoin d’eux pour cette fin de semaine. Mais personnellement, je préfère intégrer les zoos et utiliser mes connaissances à éduquer et à sensibiliser les gens sur les bonnes pratiques à y avoir. Si on ne peut pas les éliminer, aussi bien s’arranger pour que les animaux y soient bien.

Je suis certain que les 200 personnes qui ont déjà suivi le camp FélinTensif sont beaucoup plus sensibilisées au mieux-être des animaux en captivité, tout comme les enfants qui visitent les bons zoos et qui deviennent plus sensibilisés à la question animale (études à l’appui). C’est d’ailleurs le but du camp FélinTensif, soit de tracer un parallèle avec nos chats domestiques qui, ne nous le cachons pas, sont également des animaux en captivité. Certes, la domestication est un facteur de différence très grand si l’on compare les animaux de zoos et nos petits tigres de maison. Mais les principes d’enrichissement de milieu, d’entraînement pour les soins, de décodage de langage corporel, les principes de renforcement et bien d’autres parallèles peuvent être faits, et c’est à ça que le camp FélinTensif s’affaire.

Daniel Filion
Président, Éduchateur

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